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regime flottant dirham

Le Maroc entame très bientôt le processus de libération du dirham, cela avait été annoncé pour Juin mais la Banque centrale à décidé de reporter l’entrée en vigueur du régime flexible afin de régler les derniers ajustements. Il s’agit là d’un signe de sagesse de la part du régulateur qui finalise les détails de ce changement majeur dont je vais vous préciser les enjeux.

Qu’est-ce que cela va changer pour le Dirham Marocain ?

Afin de faciliter l’explication, nous allons différencier les deux régimes de change existants pour comprendre dans quelle mesure la réforme du système Marocain a été planifié.

Dans un régime de change fixe (qui correspond à la situation actuelle), le cours de la devise est fixé par rapport à un étalon, (souvent une monnaie ou un panier de monnaies) par la banque centrale qui émet cette devise.  Pour rappel, le Maroc adopta le régime de change fixe dans les années 1970, suite à la « crise » du système dit de Bretton Woods. Le Dirham fut alors rattaché à un panier de devises représentatif de l’ensemble des monnaies fortes de l’époque. Dès la création et la mise en circulation de l’euro, ce panier a été simplifié pour ne prendre en compte uniquement les seuls euro et dollar pour respectivement 80% et 20%. Un ajustement a été récemment appliqué à 60% pour l’euro et 40% pour le dollar.

Dans un régime de change flottant (à l’inverse du régime fixe), aucun engagement n’est pris concernant le taux de change, qui évolue librement, en fonction de l’offre et de la demande sur le marché des changes. C’est l’objectif à long terme que s’est fixé le Maroc et qui devrait s’étaler sur 15 ans, se déroulant petit à petit, précise le gouverneur de la banque centrale, « en fonction de la réaction des marchés ».

« Petit à petit » signifie que le Maroc restera dans un régime de change flexible administré par la banque centrale qui continuera à fixer les marges afin d’éviter un changement trop brutal. Au fil des années, l’interventionnisme de la banque centrale se fera de plus en plus rare ayant pour but d’atteindre un régime dit « pur » de change flottant.

Les dangers d’une dépréciation de la monnaie « à l’Égyptienne »

Depuis plus d’un an, un grand débat existe au Maroc entre les différents acteurs économiques qui craignent que le Maroc ne subisse le même sort que l’Égypte où les autorités décidèrent de passer de façon brutale d’un régime fixe à un régime flottant. Résultat : une dévaluation brutale de sa monnaie de 60%.

La réforme marocaine a été voulue par le gouvernement car elle s’inscrit dans le cadre du programme de réformes économiques du Royaume négocié avec ses créanciers internationaux (dont le Fonds monétaire international), la flexibilité du dirham à pour but de permettre au royaume de mieux amortir les chocs économiques, en particulier les chocs externes. L’Égypte et la Turquie subirent cette modification de régime de change comme un choc macroéconomique violent dû à la rapidité avec laquelle cela s’est imposé à eux, leur situation économique et leur politique interne étant très instable au moment du changement.

De plus, le Maroc dispose d’un matelas de stock de devises très confortable qui pourrait couvrir 6 mois d’importation. Le volume de ce stock de devises aura un impact sur le rythme de la mise en place de la réforme et la facilitera certainement en évitant de déstabiliser l’économie en asséchant subitement les stocks. L’Égypte ne disposait pas de ce confortable matelas et s’est vu accepter des conditions très difficiles des bailleurs de fonds internationaux.

Enfin une analyse de BMI Research, filiale de l’agence de notation Fitch, est venue mettre un terme au débat.

« Le Maroc est en bonne position pour introduire graduellement une plus grande flexibilité du taux de change, car il bénéficie de fondements financiers solides et d’un niveau de réserves confortable. »

En résumé, le cabinet de recherche estime le cas du Maroc différent de celui de l’Egypte et de la Turquie, et confirme que le royaume n’a rien à craindre de cette réforme.

Cette thèse a été soutenue par le directeur des opérations monétaires et de change, Mounir Razki dans un entretien avec le HuffPostMaroc :

« Ces deux pays se sont vus imposer ce régime du fait de la fragilité de leur situation économique. Or, pour le Maroc il s’agit d’une démarche voulue, basée sur l’importance des prérequis : une dette soutenue, une faible intrusion des investissements spéculatifs, une inflation largement maîtrisée, une réglementation de change rigide, et un budget global de moins en moins déficitaire ».

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